Imaginez la situation suivante : Vous êtes le propriétaire du réseau routier d’une ville. Vos routes sont presque toujours congestionnées. Vous désirez maximiser l’utilisation de vos routes tout en éliminant les congestions.
Une solution serait d’augmenter vos tarifs de manière à faire diminuer la demande au niveau de l’offre (l’offre de routes à circulations fluides). Il est estimé qu’une tarification indirecte de vos usagers par une cotisation de 5 ¢ par litre d’essence permettrait d’atteindre votre objectif. Pour une raison inconnue, vous décidez plutôt de vous contenter d'une hausse tarifaire de 2 ¢ par litre d'essence et d’en consacrer les recettes aux versements de subventions aux transports en commun.
L’augmentation du coût d’utilisation de votre réseau routier en automobile (2 ¢ par litre d’essence consommée pour rouler) plus l’attrait plus puissant des transports en commun (à cause de tarifs réduits grâces aux subventions obtenues) réduit le nombre d’automobilistes sur vos routes. Il en résulte que, comme vous le désiriez, vos routes sont utilisées à leur pleine capacité, sans être congestionnées.
Question :
Dans cette situation, qui assumerait réellement le financement des subventions aux transports en commun?
a) Sont-ce les automobilistes, qui auraient accès à vos routes à circulations fluides à un prix moindre que ce qu’il leur en coûterait si vous n’aviez pas décidé de subventionner les transports en commun (soit 2¢ au lieu de 5 ¢ le litre d’essence)?
b) Ne serait-ce pas vous, le propriétaire des routes qui, à cause des subventions octroyées aux transports en commun, devez renoncer à des bénéfices nets de 5 ¢ par litre d’essence acheté par les automobilistes?
Si vous êtes comme moi, vous interpréterez que ce ne sont pas les automobilistes qui financeraient alors les subventions aux transports en commun, mais bien vous, le propriétaire des routes. En payant 2 ¢ par litre d’essence, les automobilistes achèteraient le droit de rouler sur un réseau routier de plus grande valeur parce que non congestionné. Dire que ces automobilistes financeraient en plus des subventions aux transports en commun m'apparaît peu sensé. C'est comme si on interprétait qu'en louant un chalet très en demande sur le bord de la mer, les locataires payaient non seulement les frais de location du chalet, mais tout ce que le propriétaire du chalet s'achèterait avec les recettes provenant de la location de son chalet.
J'estime que nous devrions même interpréter que, non seulement les automobilistes ne financeraient pas les transports en commun par une taxe de 2 ¢ de litre, ils seraient eux-mêmes implicitement subventionnés à raison de 3 ¢ le litre d’essence. Car grâce au fait que vous subventionneriez les transports en commun, les automobilistes bénéficieraient d'un réseau routier non congestionné au tarif de 2 ¢ le litre alors qu'un réseau routier de cette qualité devrait normalement leur en coûter 5 ¢ le litre.
À Montréal, une taxe de 1,5 ¢ par litre d’essence est officiellement liée au financement de subventions octroyées aux transports en commun. On prétend qu’il est normal que les automobilistes financent les transports en commun, car ces derniers favoriseraient une circulation plus fluide dont bénéficient les automobilistes. Que pensez-vous de cette interprétation de la réalité?
Ne faudrait-il pas plutôt interpréter que, comme dans l’illustration précédente, ce ne sont pas les automobilistes qui subventionnent les transports en commun, mais bien le propriétaire du réseau routier (soit le gouvernement, ou la population en général)?
Ne doit-on pas interpréter que, non seulement les automobilistes ne subventionnent pas les transports en commun, ils sont eux-mêmes implicitement subventionnés en ayant accès à un réseau routier dont le niveau de fluidité leur coûterait encore plus cher si les transports en commun n’étaient pas subventionnés?
N’est-il pas paradoxal que pour diminuer les congestions routières, on subventionne les automobilistes et les usagers des transports en commun, c'est-à-dire les seuls citoyens qui contribuent à la création de ces congestions routières? Ne serait-il pas plus logique et équitable d’octroyer aux citoyens des subventions inversement proportionnelles à leur niveaux d’utilisation du réseau routier? Autrement dit (car cela reviendrait au même, même si cela paraît moins attrayant que des subventions), ne serait-il pas plus logique et équitable de simplement appliquer le principe utilisateurs – payeurs (en se rappelant qu’un usager des transports en commun engendre davantage de congestion routière qu'une personne faisant des choix l'amenant à ne même pas utiliser le réseau routier)?
Notes
(1)
Le 9 février 2009, j’ai remplacé le texte original que j’avais affiché en juin 2008 par le présent texte plus court et plus facile à lire.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire